Vers Le Sud Dany Laferriere Bibliography

Né à Port-au-Prince en 1953 d’un père intellectuel et homme politique, Windsor Klébert Laferrière, et d’une mère archiviste à la mairie de Port-au-Prince, Marie Nelson, Windsor Klébert, qui deviendra Dany, passa son enfance avec sa grand-mère, Da, à Petit-Goâve, dans cet univers dominé par les libellules, les papillons, les fourmis, les montagnes bleues, la mer turquoise de la Caraïbe et l’amour fou pour Vava. Ces épisodes heureux sont relatés dans deux de ses romans : L’Odeur du café et Le Charme des après-midi sans fin.

À la fin de ses études secondaires au collège Canado-Haïtien, Dany Laferrière commence à travailler à l’âge de dix-neuf ans à Radio Haïti Inter, et à l’hebdomadaire politico-culturel Le Petit Samedi soir. Il signait, à la même époque, de brefs portraits de peintres dans leur atelier pour le quotidien Le Nouvelliste.

À la suite de l’assassinat de son ami Gasner Raymond, trouvé sur la plage de Braches, à Léogâne, le 1er juin 1976, il quitte précipitamment Port-au-Prince pour Montréal. Cet évènement sera raconté dans son roman Le Cri des oiseaux fous.

Il débarque dans une ville en pleine effervescence des Jeux olympiques et à la veille des élections historiques qui amèneront l’équipe de René Lévesque au pouvoir pour changer à jamais le paysage politique du Québec.

Seul, il observe cette ville nouvelle, et s’acclimate difficilement à l’hiver, parcourant le quartier latin fourmillant d’artistes où il dépose ses pénates. C’est un homme libre de vingt-trois ans qui s’engage dans une nouvelle vie tout en luttant pour échapper à la nostalgie, à la solitude et à la misère.

Pendant huit ans, il enchaîne les emplois précaires, parfois dans des usines en banlieue de Montréal, logeant dans des chambres « crasseuses et lumineuses » sans cesser de caresser un vieux rêve d’écrivain. Il se procure chez un brocanteur de la rue Saint-Denis cette fameuse machine à écrire Remington 22, qui l’accompagnera pendant une dizaine de romans.

Le voilà installé dans sa baignoire « rose » avec du mauvais vin pour lire tous ces écrivains qu’il ne pouvait se payer à Port-au-Prince : Hemingway, Miller, Diderot, Tanizaki, Gombrowicz, Borges, Marie Chauvet, Bukowski, Boulgakov, Baldwin, Cendrars, Mishima, Marquez, Vargas Llosa, Salinger, Grass, Calvino, Roumain, Ducharme, Virginia Woolf... Il deviendra le lecteur passionné, « l’homme-livre » que l’on connaît.

Paraît, en 1985, le roman Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, qui explose dans le ciel littéraire du Québec.

À la suite du succès éclatant de son premier roman, la nouvelle télévision Quatre Saisons l’embauche en 1986 pour présenter la météo. Le Québec reçoit le choc d’un Noir annonçant la neige et les angoissantes blancheurs de février, tout cela avec légèreté et humour. Un nouveau personnage est né dans le paysage télévisuel. Ce qui l’amènera à la fameuse émission de Radio-Canada, La Bande des six, qui réunit six des meilleurs chroniqueurs de la presse québécoise.

1986, c’est aussi la mort de Jorge Luis Borges, ce vieux maître aveugle de Buenos Aires qu’il ne cessera jamais de lire. 1986, c’est surtout la fin de la dictature des Duvalier et un premier bref retour en Haïti. Avec son ami, l’écrivain Jean-Claude Charles, il parcourt le pays tout en tenant une chronique quotidienne pour Le Nouvelliste sur la débâcle des tontons macoutes et la fin du régime des Duvalier.

1989, la sortie du film tiré de son premier roman, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, lui permet de se familiariser avec le cinéma. Le film provoque un scandale aux États-Unis où la plupart des grands médias l’ont censuré. Le cinéma influence grandement son écriture (Le Goût des jeunes filles). C’est l’époque où il fréquente le petit cinéma « Le Ouimetoscope », découvrant un cinéma d’auteur qui imprègnera son œuvre.

En 1990, il quitte Montréal avec sa famille pour Miami, afin d’échapper à l’hiver mais surtout à cette célébrité bruyante qui n’était pas compatible avec le silence intérieur qu’exige le travail d’écrivain. Il écrit paisiblement à Kendall dix romans en douze ans, des livres qui forment l’ossature de son œuvre, dont le fameux cycle haïtien : L’Odeur du café, Le Goût des jeunes fillesLe Charme des après-midi sans fin, La Chair du maître, Le Cri des oiseaux fous, Pays sans chapeau… Miami, c’est l’époque studieuse où l’auteur travaille sans relâche, pas loin d’un petit lac dont il fait le tour chaque matin en ruminant les descriptions et les dialogues à écrire.

Printemps 1999, le Québec est le pays à l’honneur au Salon du livre de Paris. Invités de l’émission Bouillon de culture, de Bernard Pivot, avec Robert Lalonde et Gaétan Soucy, les trois écrivains québécois se distinguent ce soir-là. Dany Laferrière va jusqu’à souhaiter que l’on puisse remettre un jour le prix Nobel au Québec pour l’originalité de sa littérature.

Retour à Montréal après la sortie du Cri des oiseaux fous, son dixième roman, et fin de l’épisode de Miami.

Après une quinzaine d’années de travail acharné, Laferrière décide de cesser d’écrire de nouveaux récits pour prendre le temps de « revisiter » ses précédents romans. Il réécrit six romans, ajoutant de nouveaux chapitres, jusqu’à faire surgir une œuvre plus dense. Le procédé de réécriture à la manière Laferrière étonne considérablement la critique et encore davantage les universitaires.

Il redessine lui-même son œuvre, aménageant des passerelles entre les romans jusqu’à découvrir qu’il s’agit en fait d’un seul livre : une Autobiographie américaine. Cette Autobiographie américaine permet de lier les deux cycles, le cycle nord-américain, composé de romans urbains, agressifs, et le cycle haïtien, plus calme et empreint de la tendresse de Da, sauf lorsque l’action se déroule dans l’atmosphère de la dictature. Pendant longtemps, les critiques évoquent une autobiographie en dix romans. Il s’agit, selon Laferrière, d’un ensemble comprenant récits, romans et essais, qui forme aujourd’hui un corpus de vingt-deux ouvrages.

Après avoir scénarisé Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Le Goût des jeunes filles et participé activement à l’élaboration de Vers le sud, de Laurent Cantet, avec Charlotte Rampling, Laferrière scénarise et réalise son premier film Comment conquérir l’Amérique en une nuit. Il retrouve sur le plateau son vieux complice Maka Kotto dans ce film qui raconte une histoire pas trop éloignée de celle de cet enfant d’Haïti. Une narration où deux hommes échangent leurs expériences. L’oncle, qui vit depuis vingt ans à Montréal, décide de rentrer tandis que son jeune neveu arrive à Montréal pour y rester. On dirait deux paquebots se croisant dans la nuit sans se voir. Les critiques y ont pourtant vu un seul et même personnage : l’auteur n’a fait que mettre en scène deux périodes de sa vie.

En novembre 2009, Laferrière fait une rentrée remarquée avec L’Énigme du retour, qui a un vif succès au Québec avant de recevoir le prix Médicis. De nombreux prix suivront, dont le Grand Prix du livre de Montréal, le prix des libraires du Québec, le Combat des livres de Radio-Canada.

Janvier 2010, Laferrière se trouve à Port-au-Prince quand le séisme frappe le pays. Il note sur son carnet noir ses observations de manière si spontanée que les lecteurs auront l’impression de vivre l’évènement en direct. Tandis que la télévision montre les immeubles effondrés et compte les morts, Laferrière raconte la vie quotidienne dans une ville complètement brisée et les tentatives désespérées des gens pour garder une certaine dignité dans le malheur. La littérature, en s’éloignant du scandale, nous fait pénétrer dans l’intimité de la catastrophe.

Il publie en 2011, L’Art presque perdu de ne rien faire, qui rassemble ses chroniques sur Radio-Canada. Cet essai remporte un étonnant succès critique et de librairie.

Deux ans plus tard, en février 2013, il récidive avec Journal d’un écrivain en pyjama. Dans cet essai, Laferrière fait l’éloge de ses deux passions : l’écriture et la lecture, en deux cent deux chroniques sur des sujets aussi divers que la place de l’adjectif dans la phrase ou le plagiat dans les mœurs de la littérature. Ce livre intéressera l’écrivain en herbe comme le lecteur passionné. Il préside du 1er au 8 mai 2013 les Rencontres québécoises en Haïti, évènement qui rassemble une cinquantaine d’auteurs et de professionnels du livre haïtiens et québécois. 

Prix international de littérature décerné par la Maison des cultures du monde, pour L’Énigme du retour, en 2014. Grand Prix Ludger-Duvernay, en 2015. En 2016, docteur honoris causa de Midlebury College (USA) et des universités Paris-Sorbonne et Pierre et Marie Curie.

Officier de l'ordre national du Québec (2014), citoyen d'honneur de la ville de Montréal (2014), officier de l'ordre du Canada (2015), compagnon des Arts et des Lettres du Québec (2015).

Élu à l’Académie française, le 12 décembre 2013, au fauteuil d’Hector Bianciotti (2e fauteuil).

Dany Laferrière, né Windson Kléber, novelist, essayist, poet and journalist (born 13 April 1953 in Port-au-Prince, Haiti).

Dany Laferrière, né Windson Kléber, novelist, essayist, poet and journalist (born 13 April 1953 in Port-au-Prince, Haiti). Winner of the prestigious Prix Medicis and the first Haitian, Canadian and Québécois to be elected to the Académie française, Laferrière has established himself as one of the premiere chroniclers of the immigrant experience and one of the finest novelists of his generation.

Early Life and Career

When his father, mayor of Port-au-Prince and then under-secretary of state for trade, went into exile, his mother, fearing reprisals, entrusted her four-year-old son to his grandmother in the seaside town of Petit-Goave. Laferrière, who grew up during the Duvalier regime, became a journalist and radio broadcaster and later immigrated to Canada in 1978 after a colleague, with whom he was working on a story, was murdered. His 2000 novel, Le Cri des oiseaux fous, was inspired by the crazy night he left his country without telling his loved ones.

Success

Laferrière established a home in Montréal, where he worked in low-paid factory jobs while writing his first novel, Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer (1985; tr. How to Make Love to a Negro Without Getting Tired, 1987), which was a surprise commercial success. The semi-autobiographical work, later used as the basis for a feature film, tells the story of a Black immigrant with little money and an attraction to white women. Laferrière immigrated to the United States in 1990 and now divides his time between Montréal and Miami.

Other novels, in a series he has called his “American autobiography" quickly followed: Éroshima (1987; tr. Eroshima, 1991), L'odeur du café (Prix Carbet de la Caraïbe, 1991; tr. An Aroma of Coffee, 1993), Le Goût des jeunes filles (1992; tr. Dining with the Dictator, 1995), Pays sans chapeau (1996, tr. Down Among the Dead Men, 1997), La chair du Maître (1997), Dans l'oeil du cyclone (1999), Le Cri des oiseaux fous (2000) and Vers le sud (2006). He also wrote a collection of poetry, Chronique de la dérive douce (1994; tr. A Drifting Year, 1997) and a memoir titled Le Charme des après-midi sans fin (1997).

Later Novels

The 21st century has brought Dany Laferrière continued productivity and success. His works have included Je suis fatigué(2000), Je suis un écrivain japonais (2009; tr. I am a Japanese Writer, 2010) (winner of the Grand Prix littéraire international Metropolis bleu, 2009), La fête des morts (2009), L’Énigme du retour (2009; tr. The Return, 2010) (winner of the Prix Médicis, 2009), Tout bouge autour de moi (2010; tr. The World Is Moving Around Me), L’Art Presque perdu de ne rien faire (2011), and Journal d’un écrivain en pyjama (2013).

Children’s Books

Laferrière is also the author of two children’s books. Based on his 1993 book An Aroma of Coffee and illustrated by Fréderic Normandin, Je suis fou de Vava (2006) won the 2006 Governor General’s Award. La fête des morts, also illustrated by Normandin, was published in 2009.

Screenplays

Laferrière wrote the screenplays Le Goût des jeunes filles (2004) and soon afterward Comment conquérir l'Amérique en une nuit (2004). Vers le sud (2005) was adapted by Laurent Cantet from three of Laferrière’s short stories; Laferrière received credit as co-writer along with Cantet and Robert Campillo.

Public Intellectual

In general, critics praise Laferrière's work, but they are less enthusiastic about the way he describes interracial relations, Black people and women. He defended his work in Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit? (1993; tr. Why Must a Black Writer Write about Sex?, 1995), J'écris comme je vis (2000) and Je suis fatigué (2000; rev. 2005). Laferrière has also published conversations about his life and work, including J’écris comme je vis (2010) with Bernard Magnier, and Conversations avec Dany Laferrière (2010) with Ghila Sroka.

Laferrière was in Haiti during the 2010 earthquake and recounted his experiences in The World is Moving Around Me. He has subsequently been committed to correcting misconceptions about Haiti and its history. He remains active on the Montréal cultural scene, often being invited to share his perspective in discussions on literature and immigration. On 12 December 2013, Dany Laferrière was elected in one ballot to chair number two at the Académie française, both the first Haitian and the first Canadian (and more specifically, Québécois) to be given that honor.

Suggested Reading

  • Beniamin M. Vasile, Dany Laferrière: l'autodidacte et le processus de creation (2008)

  • Ursula Mathis-Moser, Dany Laferrière. La dérive américaine (2003)

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